À Toulouse, Joan Miró sort du cadre

06 Oct 2026

Oubliez un instant les étoiles, les couleurs primaires et les personnages facétieux qui ont fait sa célébrité. Aux Abattoirs, à Toulouse, Joan Miró se révèle sous un jour plus inattendu : celui d’un artiste qui proteste, expérimente et bouscule les règles. Une exposition événement à découvrir jusqu’au 7 mars 2027, dans une ville dont l’histoire résonne singulièrement avec celle de l’Espagne du XXème siècle.

Miró, là où on ne l’attend pas 

Un artiste plus complexe qu'il n'y paraît


Un trait noir, du rouge, du bleu, du jaune… Quelques signes presque enfantins et l’univers de Joan Miró apparaît. Du moins, celui que l’on croit connaître. Avec « Joan Miró. Protestation », Les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse, invitent à découvrir un artiste plus complexe. Près de 200 œuvres – peintures, dessins, sculptures, tapisseries, costumes, films ou photographies – révèlent un Miró en perpétuelle recherche, refusant de s’enfermer dans un style et explorant sans cesse de nouveaux supports. Derrière la liberté des formes et des couleurs se dessine aussi un artiste traversé par les bouleversements politiques et sociaux de son époque et de son pays.

L’exposition met notamment en lumière ses collaborations. Avec Josep Royo, Miró réalise d’imposantes tapisseries et des sobreteixims, œuvres textiles expérimentales. Avec la compagnie catalane La Claca, il imagine les personnages et costumes de Mori el Merma, spectacle inspiré d’Ubu roi qui tourne en dérision la figure du dictateur.

Pere Portabella, Miró l’altre, 1969, film, couleur, son, 15 minutes, courtesy Estate of Pere Portabella©Estate of Pere Portabella / Films 59

Toulouse, une histoire qui résonne avec l’Espagne  

De la Retirada à la ville rose d'aujourd'hui

      
Cette exposition trouve à Toulouse un écho particulier. Entre la Ville rose et l’Espagne existe une histoire profonde, faite de proximité, de culture partagée mais aussi d’exil. En 1939, à la fin de la guerre civile espagnole, la Retirada pousse près d’un demi-million de personnes à franchir la frontière française. Beaucoup trouvent refuge en Occitanie et Toulouse devient l’un des grands foyers de l’exil républicain espagnol en France. Cette mémoire reste inscrite dans la ville : Cité Madrid, hôpital Varsovie, Casa de España, rue de Belfort, Bourse du Travail… autant de lieux qui racontent l’installation de femmes et d’hommes ayant recréé ici des espaces de vie, de solidarité, de culture et d’engagement.

L’histoire de Miró n’est pas celle des réfugiés de la Retirada, mais son œuvre et Toulouse ont été traversées par une même époque : la guerre d’Espagne, la dictature franquiste, les résistances et l’exil. Découvrir ici le Miró de la protestation prend alors un relief particulier.

Expo Miro_musée des Abattoirs DR

Aux Abattoirs, Miró en toute liberté   

Un artiste protéiforme

L’exposition consacrée à l’artiste catalan parcourt plusieurs décennies de création. On y retrouve le peintre, le dessinateur et le sculpteur, mais aussi un Miró plus inattendu : textile, matières nouvelles, collaborations avec des artisans et des artistes plus jeunes…

Ici, aux Abattoirs, Joan Miró sort véritablement du cadre. De celui de la toile comme de l’image dans laquelle on enferme parfois les grands artistes. Et son œuvre nous ramène, presque naturellement, vers une histoire espagnole qui a profondément marqué Toulouse et l’Occitanie.

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Exposition_Miro_DR_musée des Abattoirs_Toulouse